La Villa M Paris, un lieu aux usages mixtes dédié à la santé et au bien-être des soignants…
Cet Imagimmo présente la façade – végétalisée – de la Villa M Paris (2022 ; figure 1), située boulevard Pasteur dans le 15e arrondissement, presque à mi-chemin entre l’Institut Pasteur (rue du Docteur-Roux), l’hôpital Necker (rue de Sèvres) et l’Institut Imagine. Ancien siège social du Groupe Pasteur Mutualité, la Villa M est une réalisation de l’agence d’architecture franco-brésilienne Triptyque. Le paysagisme est dû à Pablo Georgieff (Coloco). Dans l’ouvrage de Maryse Quinton Villa M & Autres projets. Tryptique arquitectura : Rafaelli-Sibaud (2022), Philippe Goujon, maire du 15e arrondissement, l’érige en « un symbole de l’édification de la santé de demain ».
Figure 1.. La façade boulevard Pasteur de la Villa M Paris (15e arrondissement)
© Franck Lam, 2024.
© Triptyque, Coloco Paysagistes, Groupe Pasteur Mutualité.
Il faut dire que les quelque 8 000 m2 de l’édifice centrent ses activités autour du soin et du bien-être pour les soignants grâce à une forte mixité des usages, tel un tiers-lieu : centre de prévention, espace de rassemblements, de travail, de formations professionnelles sur la santé, club de boxe et fitness, hôtel, restaurant (figure 2). Ces deux derniers étant ouverts au public, la Villa M Paris tend également à intégrer les habitants et les touristes.
Figure 2. Plan de coupe transversale schématisé de la Villa M Paris avec répartition des usages
© Lolita Gillet. Réalisé à partir de Quinton, 2022, p. 26.
… qui réinterroge la relation entre la nature et la ville
De par son lit vertical de verdure, la Villa M Paris fait figure de marqueur urbain fort dans le quartier, bientôt relié à un « arc vert » grâce à la végétalisation du boulevard Pasteur notamment. Elle contribue ainsi à réinterroger la relation – ancienne – entre la nature et la ville, parfois antagonistes, parfois alliées (Cormier, 2025).
Aujourd’hui la prise de conscience des nombreux services écosystémiques rendus par la nature en ville (Clergeau, 2024) en fait l’un des piliers fondamentaux de l’urbanisme durable (Gobert et al., 2023). Les promoteurs immobiliers comme les concepteurs intègrent de plus en plus le vivant dans leurs projets ; les chercheurs parlent ainsi de « biodiversité urbaine » (Riegert, 2025). Dans un contexte de débat sur la sobriété foncière (Barrier & Dumont, 2023) et sur les objectifs souvent contradictoires qui l’accompagnent (Bourdin et al., 2025), l’attention sur les différentes formes de nature en ville est particulièrement élevée (Bourdeau-Lepage, 2017). En effet, la nature en ville peut prendre des formes plus (jardins, parcs, squares, etc.) ou moins (toits végétalisés, fermes urbaines, jardins mobiles, etc.) traditionnelles, et plusieurs expérimentations et innovations sont menées (Yudina, 2017 ; Pomeroy, 2014 ; Terrin, 2013).
Un jardin vertical pour un bâtiment vivant
Dès lors, la végétalisation des bâtiments, et notamment des façades, est l’une des solutions qui se développe récemment et suscite un fort engouement (Lagurgue, 2023).
La façade boulevard Pasteur de la Villa M Paris, volontiers tropicale aux influences brésiliennes1, est constituée d’un quadrillage d’acier qui sert de support à la végétation. « À chaque niveau, ce sont 40 cm de terre végétale sur 80 cm de profondeur qui accueillent les végétaux et façonnent l’image du bâtiment » (Quinton, 2022, p. 37). Les poteaux intègrent un système de circulation de l’eau de pluie, « récupérée en toiture-terrasse pour irriguer et drainer les jardinières » (Quinton, 2022, p. 34 ; figure 3). Ces dernières, qui hébergent une grande variété de végétaux pour s’adapter aux saisons, sont parties intégrantes de la structure, de sorte que le bâtiment semble vivant (Quinton, 2022, p. 44). Changeante au gré du vent, la végétation n’a rien de décoratif, et les usagers cohabitent avec elle : filtre à lumière qui régule la température l’été ; rideau tiré l’hiver pour laisser pénétrer la chaleur (Quinton, 2022, p. 37).
Figure 3. Zoom sur le quadrillage métallique de la Villa M Paris
© Lolita Gillet, Franck Lam. Réalisé à partir de Quinton, 2022, p. 51.
Ces « jardins verticaux » (Blanc, 2008) présentent en effet plusieurs impacts positifs sur l’environnement urbain (Radic et al., 2019) en matière de :
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biodiversité et de continuité écologique : accueil d’espèces diverses et contribution à la connectivité des trames vertes ;
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confort d’été et rafraîchissement grâce au phénomène d’évapotranspiration : réduction de l’effet d’îlot de chaleur urbain ;
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qualité de l’air : moins de pollution de l’air, par séquestration ;
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isolation thermique et acoustique : meilleure régulation, réduction des besoins en énergie, pas de nuisances issues de réverbérations sonores ;
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esthétique : amélioration de l’ambiance urbaine et de l’expérience sensorielle.
Ces façades végétalisées peuvent être réalisées dans des nouvelles constructions comme dans des bâtiments existants, avec des techniques de culture du végétal différentes, hors sol ou en pleine terre, et peuvent nécessiter une structure conçue ad hoc (Perini & Ottelé, 2014).
Aux bénéfices écologiques se rajoutent aussi des bénéfices sociaux (Scapino, 2018 ; Bailly, 2013), trop souvent négligés dans la littérature.
Certains points d’attention méritent, toutefois, d’être soulevés, notamment en matière d’entretien. L’entretien est en effet indispensable pour garantir la pérennité des végétaux, qui sont parfois à remplacer ou à fertiliser avec une certaine régularité ; tandis que l’irrigation peut être fortement consommatrice d’eau potable.
De plus, un autre élément non négligeable à considérer est le potentiel surcoût du projet lié à la végétalisation. Dans tous les cas, une analyse du cycle de vie est recommandée (Manso & Castro-Gomes, 2015) en complément de l’évaluation coûts-bénéfices (Perini & Rosasco, 2013), afin d’accompagner la prise de décision.
Par ailleurs, la nature en ville peut aussi être un vecteur de risques pour la santé (Bolon et al., 2019), en favorisant par exemple la prolifération d’une faune dangereuse pour l’homme, à l’origine de maladies ou de pandémies (Arnould et al., 2011) ou encore en multipliant les volatiles allergisants produites par certaines plantes (Fournet et al., 2024).
Téléchargez le poster La végétalisation verticale du bâti : l’exemple de la Villa M Paris (15e) (clic)




