Renaturation des villes

Introduction à la deuxième table ronde

Carmen Cantuarias-Villessuzanne

p. 75-77

Citer cet article

Référence électronique

Cantuarias-Villessuzanne, C. (2021). Renaturation des villes. Dans I. Maleyre, C. Veil, C. Cantuarias-Villessuzanne & A.-C. Chardon (dir.), Immobilier durable. De la ville d’aujourd’hui à la cité de demain (p. 75-77). Mis en ligne le 01 septembre 2021, Cahiers ESPI2R, consulté le 04 octobre 2022. URL : https://www.cahiers-espi2r.fr/166

La renaturation des villes est le fruit d’une action commune des collectivités, des habitants eux-mêmes et des promoteurs immobiliers, dans un esprit de «  coproduction  » des espaces intégrant des activités productives telles que l’agriculture urbaine.

Aujourd’hui, 55  % de la population mondiale vit dans des zones urbaines, proportion qui devrait passer à 68  % d’ici 2050 (United Nations, 2019). L’étalement urbain, sous l’influence d’une importante demande de constructions de toutes natures, consomme toujours plus d’espaces et génère  : de fortes fragmentation et destruction des milieux naturels  ; des perturbations des habitats naturels et des espèces  ; des émissions de polluants dans les sols, l’air et l’eau  ; des nuisances sonores, olfactives, lumineuses.

L’artificialisation des sols est un modèle urbain qui, de plus en plus, se retourne contre les citadins. Renaturer la ville est donc une réponse résiliente aux défis environnementaux.

La renaturation s’appuie à la fois sur la restauration des services écologiques et sur l’état initial de l’environnement. La demande sociale pour la «  nature en ville  » est croissante et dépasse de loin la création d’un cadre vert. La nature en ville apporte également nombre de bénéfices sanitaires, sociaux et économiques (Jaeger, 2018). Les espaces verts tendent à être un critère majeur d’attractivité d’un quartier et, plus largement, d’un territoire.

Si la nature regagne du terrain en ville, la renaturation peut ne concerner que certains quartiers privilégiés par la politique de la ville, d’autres restant à l’écart. La biodiversité et la nature en ville devraient être présentes dans la politique du logement, de l’urbanisme et des mobilités afin de limiter l’étalement urbain, mais aussi de contrecarrer les méfaits de la concentration urbaine. De plus, l’aménagement de connexions, telles que des infrastructures vertes entre les espaces de nature, aujourd’hui complètement morcelés, rétablirait les connectivités écologiques.

Cette session concentre ainsi des études et des expériences de renaturation de villes en France.

Pascale Scheromm et Louis Cretin (INRAE Montpellier, UMR Innovation et développement dans l’agriculture et l’alimentation) nous proposent un travail de terrain sur l’insertion de l’agriculture urbaine dans les programmes résidentiels, à partir d’un échantillon de 17 projets immobiliers à Montpellier. Ils soulignent que les enjeux liés à l’agriculture urbaine dans le secteur de la promotion immobilière sont multiples  : volonté de remporter les concours, stratégie marketing, contribution à la construction d’une culture de la durabilité (création de liens sociaux entre les résidents, restauration de la nature en ville, sensibilisation à de nouvelles pratiques agricoles et alimentaires). Ils constatent par ailleurs que l’agriculture urbaine est mobilisée comme une innovation avec l’objectif, notamment, de créer des espaces tests au sein des entreprises voire, dans certains cas, de les faire monter progressivement en compétences sur ce sujet. Grâce à cette expérience, elles pourront ensuite déployer leurs savoir-faire dans des projets agricoles de plus grande ampleur.

Floris Van Lidth (Vue sur Vert ; ESPI Marseille) encourage la reconnaissance d’une autre utilité des dents creuses – ces espaces laissés vacants par une démolition d’immeuble ou non encore urbanisés – dans les centres-villes. Il souligne que les dents creuses pourraient devenir des espaces de choix pour améliorer le cadre de vie des urbains, et redonner ainsi le sourire aux citadins.

Frédéric Madre (Topager ; Muséum national d’histoire naturelle) offre une sélection d’images de réalisations de projets d’agriculture urbaine et montre comment la biodiversité urbaine s’intègre au bâti.

Anaïs Jeantet et Matthieu Arar (Ma Ville Verte) révèlent les valeurs et la vision de leur société à travers les initiatives citoyennes de potagers collectifs. Ils cherchent à sensibiliser à la renaturation de villes en faisant des projets de maraîchage urbain des lieux de rencontre, de partage et d’échanges.

Florence Marin-Poillot (Urbalia) expose l’outil de diagnostic Biodi(V)strict®. Ce dispositif permet d’obtenir une mesure de la qualité et de la diversité des habitats favorables à la biodiversité sur un site avant et après un projet d’aménagement, en combinant un système d’information géographique et un calculateur. En facilitant la prise en compte de la biodiversité, Biodi(V)strict® constitue un outil d’aide à la décision dans le montage d’un projet immobilier.

Emmanuelle Virey et Tolga Coskun (ARP-Astrance) présentent les infrastructures vertes comme des outils d’adaptation au changement climatique et de reconquête de la biodiversité. Ils mettent en avant les atouts de l’intégration de la biodiversité dans les projets immobiliers via les diagnostics, les préconisations, certaines solutions techniques et chartes.

Marc Barra (ARB îdF ; Institut Paris Région) donne des exemples d’infrastructures vertes, dont les toitures végétalisées, pour la restauration de services écosystémiques en milieux urbains (pollinisation, retenue d’eau, richesse floristique). Ces infrastructures vertes majorent leurs bénéfices écologiques en étant moins coûteuses que certaines infrastructures plus traditionnelles, dites grises.

Quant à Pierre Darmet (Les Jardins de Gally ; CIBI), il décrit le label BiodiverCity®. Il s’agit d’un outil d’évaluation et de valorisation de la prise en compte de la biodiversité dans les constructions et les aménagements immobiliers.

Enfin, Caroline Girardière (CDC Biodiversité) propose des solutions techniques adaptées aux contraintes des sites et des solutions fondées sur la nature. Elle présente le projet de renaturation de la friche Kodak à Sevran, dans le cadre du programme Nature 2050.

À travers les contributions à cette session, nous faisons connaître des expériences où divers acteurs renaturent la ville : les habitants eux-mêmes, dans un esprit de « coproduction » des espaces intégrant l’agriculture urbaine, les promoteurs immobiliers et les collectivités. Dans ces différentes interactions, il reste encore une question  : renaturer est-il un processus de création de bien commun  ?

Carmen Cantuarias-Villessuzanne

Enseignante-chercheuse, ESPI Paris

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