Les questions de santé et de vieillissement de la population viennent interroger de plus en plus la fabrique urbaine et les dynamiques immobilières. Cette thématique, que nous portons au sein du laboratoire ESP2R, a été au centre de notre 10e journée d’étude. C’est la deuxième fois qu’un événement scientifique sur la santé est organisé par notre unité de recherche. En 2021, la 3e journée d’étude intitulée « Dynamiques urbaines et résilience dans un contexte épidémique » avait en effet mobilisé des chercheurs autour de premiers résultats sur les conséquences de la crise sanitaire que nous vivions alors. Cet épisode de pandémie avait remis en lumière les liens historiques qui existent entre la construction de la ville et les contextes sanitaires, l’adaptation des villes à ces situations, et interrogeait l’héritage que laisserait cette crise dans l’espace urbain.
Au-delà de cet épisode de pandémie, les enjeux sanitaires de nos sociétés actuelles sont variés. Les démarches d’urbanisme favorable à la santé visent ainsi à répondre à des défis multiples qui sont à la croisée à la fois d’une urbanisation croissante (imperméabilisation des sols, perte de biodiversité), d’un contexte de changement climatique (canicules et phénomènes d’ilots de chaleur urbains) et de problématiques de santé publique comme le vieillissement de la population1, les expositions aux nuisances environnementales2, l’augmentation des maladies chroniques3 mais aussi le stress et les dépressions liés aux conditions de vie, ainsi que les inégalités sociales environnementales et territoriales de santé. Le concept de cobénéfices en santé et en environnement tend aussi à émerger afin de de répondre à ces problématiques et de favoriser des synergies positives entre les deux ; il propose des aménagements qui répondent aux préoccupations environnementales et qui seraient positifs pour la santé, et inversement.
Ces évolutions ne concernent pas uniquement l’échelle de l’urbain mais impliquent aussi l’échelle de l’habitat, du bâtiment, du logement. La qualité des espaces intérieurs et les expositions dans les lieux clos, où nous passons 85 % de notre temps, influent aussi les états de santé de la population. L’adaptation des logements est une condition clé pour vieillir chez soi le plus longtemps possible et dans les meilleures conditions possibles. Les professionnels de l’immobilier ont alors un rôle majeur à jouer à la fois dans la conception des projets et des programmes en retranscrivant les exigences environnementales et sanitaires des projets urbains mais aussi dans la qualité de la construction et du logement. En tant qu’acteurs de la production urbaine, ils portent une mission qui ne s’arrête donc pas seulement à l’acte de bâtir, mais implique aussi une réflexion sur l’espace autour du bâti. La localisation d’un bien et les caractéristiques de l’environnement immédiat dans lequel il se trouve, l’espace dans lequel il s’insère, sont des critères majeurs en immobilier, participant directement à sa valeur.
Par ailleurs, la santé et le bien-être sont composés d’un ensemble de critères que tout acteur de l’immobilier devrait prendre en compte : accès à la nature, extérieurs végétalisés, ensoleillement, services de santé, sont des garants de la réussite du projet, de sa commercialisation, de sa rentabilité à court et à long terme pour l’acteur privé comme pour la collectivité. C’est aussi répondre aux attentes des usagers de plus en plus exigeants sur ces enjeux et sur leurs conditions de vieillissement. En effet, selon un sondage Ipsos réalisé pour le Conseil économique, social et environnemental publié en octobre 2024, la santé est le premier sujet de préoccupation des Français.
Cette journée s’est ainsi intéressée au rôle que peuvent jouer les acteurs de l’immobilier et de l’urbanisme dans l’intégration de recherches, d’expérimentations et de pratiques innovantes destinées à rendre les territoires plus favorables à la santé. Elle a été conçue comme un moment de dialogue entre chercheurs, acteurs institutionnels et professionnels, invités à partager leur point de vue. Après une première présentation inaugurale de Yankel Fijalkow – sociologue à l’école nationale supérieure d’architecture Paris-Val-de-Seine et au Centre de recherches sur l’habitat – portant sur « la santé, le vieillissement et l’habitat : ce que peut la recherche », trois sessions et tables rondes ont été organisées. La première intitulée « Vieillissement et innovations dans l’immobilier » a amené Luc Broussy (France Silver Eco), Lisa Pottier (ALOGIA Groupe), Virginie Garnier (Arcade-VYV Promotion) et Hélène Joinet (L’Institut Paris Region) à dialoguer sur les enjeux du vieillissement dans les politiques publiques, de l’adaptation de l’habitat et des modes de vie pour le bien-vieillir.
La deuxième session dédiée aux moyens et aux méthodes pour promouvoir un urbanisme favorable à la santé a réuni les présentations de Pierre-Marie Chapon (DOMELIA conseil), Lise Patron (AAU-CRENAU, Lab’URBA), Camille Fiorucci (Groupe SERL) et Nadia Tahri (Espaces ferroviaires). Ensemble, plusieurs exemples de mise en place de ces démarches ont été présentées et analysées d’un point de vue critique et ont permis de souligner le rôle de chaque acteur de la fabrique urbaine.
Enfin, une dernière session a porté sur une échelle plus fine, celle de la qualité des logements et de l’habitat face aux enjeux de santé. Elle a regroupé les interventions de Charlotte Sari (école nationale supérieure d’architecture de Paris-La Villette, université Jean-Moulin Lyon 3), Suzanne Peyrard (Fondation France-Japon de l’École des hautes études en sciences sociales) et Pascal Dreyer (Leroy Merlin Source).
En conclusion de cette journée, Yaneira Wilson et Yankel Fijalkow ont présenté le numéro de la revue Géographie et cultures intitulé « Habitat : les micro-espaces de la santé »4 qu’ils ont coordonné. Cet ouvrage regroupe dix textes qui permettent de poursuivre les réflexions et de renforcer les connaissances sur la relation entre habitat et santé
