Le développement territorial

Vincent Monier

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Monier, V. (2022). Le développement territorial. Repère biblio. Mis en ligne le 15 février 2022, Cahiers ESPI2R, consulté le 19 août 2022. URL : https://www.cahiers-espi2r.fr/699

Les focus sur quelques références clés sont extraites de la thèse de l’auteur, Une contribution à l’étude des villes-ports militaires. Identification des moteurs et supports de développement de Brest et Toulon (2019, université Paris-Est).

Apparue tout d’abord à la fin des années 1980 dans le champ de la géographie économique, la notion de développement territorial s’est complexifiée lorsque la politique d’aménagement des territoires s’est muée en politique d’aménagement et de développement, notamment sous l’influence de l’Union européenne qui en fait son mode d’action publique privilégié. En effet, l’essor du développement territorial débute réellement dans les années 1990, quand il fallut inventer de nouveaux dispositifs d’interventions ciblées pour les politiques publiques territoriales et organiser la mise en concurrence dans l’accès à la ressource financière qui se raréfiait. Le développement territorial était alors directement associé à une intervention à base de « projet de territoire », portée par des collectifs d'acteurs sur des territoires existants. Elle se déclinait essentiellement sous un aspect à la fois structurel et organisationnel dans le but d’accompagner la mutation des institutions de l'État.

Puis la notion s’est enrichie afin de prendre en compte les besoins des habitants, usagers, citoyens qui sont considérés comme des demandes potentielles que les territoires doivent identifier afin de trouver des réponses adaptées. Les États doivent, quant à eux, s'assurer qu'une offre en termes de procédures, de dispositifs, d’instruments, puisse être fournie à ces territoires pour qu'ils agissent.

Les champs de l’économie géographique, de l’aménagement du territoire, mais aussi de la gestion se sont ainsi emparés de cette notion polysémique. L’objet de ce Repère bibliographique, sans prétendre à une exhaustivité des sources mobilisées, est de mettre en lumière les fondements du développement territorial. Celui-ci repose en effet sur deux acceptions du territoire : la première l’appréhendant comme objet d’un processus de construction sociale ; la seconde l’envisageant comme le support dans lequel s’inscrivent et s’organisent les activités. Ces deux approches permettent ainsi d’expliciter certains processus de développement qui concernent directement la sphère immobilière (territoire à dominante résidentielle) ou indirectement, en mettant en lumière de nouvelles formes d’organisations économiques locales impactant directement le prix du foncier/ loyer, telles que les clusters, les technopôles, etc.

Les essentiels

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Christaller, W. (2006). Die zentralen Orte in Süddeutschland. wbg academics. Ouvrage original publié en 1933.

Les lieux centraux dans le Sud de l’Allemagne (Die zentralen Orte in Süddeutschland)
À partir de l’observation de la distribution des centres dans l’espace, la théorie des lieux centraux conçue principalement par Christaller vise à systématiser la taille et le nombre des villes par rapport à leur espacement dans un territoire. Elle s’appuie sur une définition de la ville qui fonctionne essentiellement comme un centre de distribution de biens et de services pour une population dispersée ainsi que sur des principes d’optimisation qui tiennent compte des coûts de transport.
Cette théorie établit ainsi un modèle statique de la hiérarchie urbaine fondée sur un principe d’équilibre : les centres urbains sont répartis régulièrement dans l’espace.

Granovetter, M. S. (1973). The Strength of Weak Ties. American Journal of sociology, 78(6), 1360-1380.

Klein, J.-L., Pecqueur, B., Koop, K., & Soussi, S. A. (dir.). (2016). L’innovation locale à l’épreuve du global. Un défi pour les acteurs. Presses de l’Université du Québec.

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Olsen, M. (1982). The Rise and Decline of Nations. Economic Growth, Stagflation, and Social Rigidities. Yale University Press.

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Le développement local : du district marshallien à des modèles durables ?

Les ressources génériques et spécifiques

Benko, G., & Pecqueur, B. (2001). Les ressources de territoires et les territoires de ressources. Finisterra, 36(71), 7-19.

Dans cet article, les auteurs approfondissent la notion de ressource. Dans le cadre d’une « reterritorialisation » de l’économie, en tant que réponse à la mondialisation, la ressource renvoie à une « typologie des facteurs de concurrence rendant compte de cette différenciation et qui ne soit pas nécessairement a priori marquée par un choix préalable exclusif du champ de cette concurrence : concurrence entre espaces économiques (pays ou régions) ou concurrence entre firmes » (p. 14). En d’autres termes, les ressources renvoient aux caractéristiques propres d’un territoire, construit et mis en valeur par des acteurs ; elles opèrent un renouvellement de la notion de concurrence en tant que compétition entre territoires.
Benko et Pecqueur vont d’une part distinguer
les ressources des actifs et d’autre part qualifier les actifs ou les ressources selon leur nature générique ou spécifique. « Par actif, on entendra les facteurs “en activité“, alors que par ressources il s’agira des facteurs à révéler, à exploiter ou encore à organiser. Les ressources, à la différence des actifs, constituent ainsi une réserve, un potentiel latent. » (p. 14)

Colletis, G. (2010). Co-évolution des territoires et de la technologie : une perspective institutionnaliste. Revue d’économie régionale & urbaine, 2, 235-249.

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Ternaux, P, & Pecqueur, B. (2008). Ressources territoriales, structures sociales et comportements des acteurs. Canadian Journal of Regional Science/Revue canadienne des sciences régionales, 31(2), 261-276.

Les relations de proximités

Maillat, D., Crevoisier, O. & Lecoq, B. (1991). Réseaux d'innovation et dynamique territoriale : un essai de typologie. Revue d’économie régionale & urbaine, 3-4, 407-432.

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Uzunidis, D. (2010). Innovation et Proximité. Entreprises, Entrepreneurs et Milieux Innovateurs. La revue des sciences de gestion, 241, 13-22.

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Les grands modèles de systèmes productifs locaux

Aydalot, P. (2006). Trajectoires technologiques et milieux innovateurs. Dans R. Camagni & D. Maillat (dir.), Milieux innovateurs : théorie et politiques (p. 20-41). Economica.

Baudelle, G., & Fache, J. (dir.) (2015). Les mutations des systèmes productifs en France. Presses Universitaires de Rennes.

Grossetti, M. (2004). Concentration d’entreprises et innovation : esquisse d’une typologie des systèmes productifs locaux. Géographie, Économie, Société, 6(2), 163-177.

Pecqueur, B. (2000). Le développement local (2e édition). Syros/Alternatives économiques.

De la déconnexion entre lieu de production et lieu de consommation : le développement territorial comme méthode d’analyse des flux financiers irrigant les territoires

Théorie de la base économique revisitée et adaptée

Alexander, J. W. (1954). The basic-nonbasic concept of urban economic functions. Economic Geography, 30(3), 246-261.

Bailly, A. (1971). La théorie de la base économique : son histoire, son utilisation. Revue Géographique de l'Est, 11(3-4), 299-317.

Davezies, L. (2008). La République et ses territoires. La circulation invisible des richesses. Seuil/La Républiques des idées.

Dans sa tentative d’identifier les flux de revenus irrigant un territoire, Davezies part du constat que les transferts publics de revenus sont « une des raisons du décalage entre richesse créée et richesse disponible ». En effet, de puissants mécanismes de redistribution s’exercent, « liés aux prélèvements, aux dépenses publiques et aux transferts sociaux » (p. 15). L’auteur montre qu’en France, les budgets publics sont en constante progression depuis la dernière guerre, ce qui aboutit à de tels processus entre régions.
Se rajoutent des transferts privés qui prennent en compte les changements de mode de vie tendant à déconnecter les lieux de production des lieux de consommation. Par exemple, les revenus du tourisme, estimés à 100 milliards d’euros, constituent un apport substantiel pour certains territoires privilégiés, mais un manque pour d’autres moins bien lotis.

Le modèle théorique proposé alors partitionne la base économique en quatre familles de revenus :
• la base productive privée : revenus issus de la contrepartie marchande des ventes de biens et de services ;
• la base publique, constituée des traitements des trois fonctions publiques : d’État, hospitalière et territoriale (ces revenus proviennent en grande partie du budget national) ;
• la base sociale : revenus des transferts sociaux (prestations, chômage, minima sociaux, remboursements de soins de santé) ;
• la base résidentielle : revenus captés grâce à la résidence et à la présence de retraités, touristes et navetteurs.

Davezies, L., & Talandier, M. (2009). Repenser le développement territorial ? Confrontation des modèles d’analyse et des tendances observées dans les pays développés. PUCA.

Davezies, L. (2010). La crise et nos territoires : premiers impacts. Rapport pour l’AdCF, la Caisse des Dépôts et l’Institut CDC pour la Recherche.

Davezies, L., & Talandier, M. (2014). L’émergence de systèmes productivo-résidentiels. Territoires productifs – territoires résidentiels : quelles interactions ? La Documentation française.

Davezies, L. (2015). Le nouvel égoïsme territorial. Le grand malaise des nations. Seuil/La République des Idées.

Gonnard, S. (2001). Le procès de la base économique. Enquête sur l’interprétation, l’usage et la condamnation de la base économique par l’économie du XXème siècle. [Mémoire de DEA, université Paris-XII].

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Le rôle des aménités territoriales

Marsat, J.-B., Mamdy, J.-F. (2002). La régulation des aménités dans des situations de valorisation par des produits ou services liés- Le cas du tourisme rural. Ingénieries-EAT, n° spécial Aménités, 143-156.

Monier, V. (2019). Une contribution à l’étude des villes-ports militaires. Identification des moteurs et supports de développement de Brest et Toulon. [Thèse de doctorat, université Paris-Est). Sur Tel.archives-ouvertes.fr

Ribière, G. (2010). La gestion des aménités et le développement durable. Revue française d’administration publique, 134, 373-383.

Talandier, M. (2009). Mesurer l’impact des aménités naturelles, culturelles et environnementales sur le développement économique local. Dans Entre projets locaux de développement et globalisation de l’économie : quels équilibres pour les espaces régionaux ? XLVIe colloque de l’ASRDLF, France.

Les analyses de Talandier touchant aux « avantages comparatifs territoriaux » (p. 2), ou aménités territoriales des communes françaises, enseignent que le dynamisme économique d’un territoire peut être corrélé à ses qualités paysagères, à la présence d’éléments patrimoniaux et à son accessibilité (p. 6).

Tableau 1. Critères retenus pour mesurer l’impact des aménités territoriales en termes de retombées économiques.

Type d’aménité territoriale

Critère retenu

Aménité culturelle ou patrimoniale

• Site classé au patrimoine mondial de l’Unesco ou non.

• Référencement d’un site dans les guides de voyages.

Aménités naturelles

• Situation littorale.

• Distance par rapport à l’arrière-pays du littoral méditerranéen ou atlantique (soit à moins de 50 km des côtes).

• Altitude maximale d’un territoire supérieure à 2 000 mètres ou non.

• Indice climatique.

Accessibilité et potentiel de fréquentation

• Distance inférieure ou non à 50 km d’un axe routier à fort trafic.

• Population.

• Distance à une aire urbaine de plus de 100 000 habitants.

• Revenu par habitant.

D’après Talandier, 2009, p. 7-9.

Vincent Monier

Enseignant-chercheur, laboratoire ESPI2R, Groupe ESPI

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