« Une ville agile face au climat » : balade urbaine à Bordeaux

Anne-Laure Moniot et Marion Belleville

DOI : 10.65592/espi2r.2309

Citer

Moniot, A.-L., & Belleville, M. (2026). « Une ville agile face au climat » : balade urbaine à Bordeaux. Dans F. Appendino & L. Brown (dir.), Rehabilitation of heritage in old city centers: Metropolitan players in times of climate crisis. Mis en ligne le 21 octobre 2026, Cahiers ESPI2R, 26 | 2026, consulté le 21 octobre 2026. DOI : 10.65592/espi2r.2309

Les enjeux climatiques actuels poussent à envisager différemment l’aménagement d’une ville, a fortiori dans les espaces urbains protégés. Comment adapter la ville aux besoins d’aujourd’hui et de demain ? Comment tirer profit du bâti ancien et des outils de gestion pour maintenir l’habitabilité des centres anciens et contribuer à la résilience de la ville  ? Quels sont les écosystèmes à mettre en place en milieu urbain ? Cette balade à Bordeaux a proposé quelques exemples et clés de lecture.

Bordeaux, une ville hautement patrimoniale

« Bordeaux, port de la Lune » est inscrit sur la Liste du patrimoine mondial de l’UNESCO depuis 2007. Le centre historique de cette ville portuaire est un ensemble urbain et architectural exceptionnel, créé à l’époque des Lumières. Il conserve dans son plan les traces de son évolution depuis 2 000 ans. Ses valeurs ont perduré jusqu’à la première moitié du xxe siècle. Enfin, la ville est un exemple exceptionnel des tendances classiques et néoclassiques qui fait preuve d’une unité et d’une cohérence urbaine et architecturale remarquables.

Pour faire face aux changements climatiques contemporains et maintenir son habitabilité, Bordeaux poursuit son évolution en valorisant les qualités de ses héritages. La zone tampon (figure 1) s’entend ainsi comme le grand paysage dont la mise en valeur ou la dégradation a un effet sur de « Bordeaux, port de la Lune ». Elle en partage certaines valeurs et offre des perspectives qui permettent d’en apprécier l’ampleur.

Figure 1. Les différents quartiers de « Bordeaux, port de la Lune » et de sa zone tampon

Figure 1. Les différents quartiers de « Bordeaux, port de la Lune » et de sa zone tampon

Sources : OCS PIGMA 2015 - Fond SIG Bordeaux Métropole.

Le réaménagement de la place Stalingrad

À partir des années 2000, la place Stalingrad se transforme avec l’arrivée du tramway, en porte d’entrée de la rive droite vers le centre ancien. Mais le caractère minéral, trop ensoleillé et venteux freine le développement racinaire comme les usages de cet espace public, seulement traversé par les personnes en transit.

En 2025, la désimperméabilisation de plus de 4 200 m2 accompagnée de plantations restaure un milieu bénéfique au développement de la couverture arborée. Ce nouvel îlot de fraîcheur est un maillon important de la trame verte des quais du nord au sud.

Figure 2. La place Stalingrad à Bordeaux (2026)

Figure 2. La place Stalingrad à Bordeaux (2026)

© Laura Brown, 2026.

Le quartier Saint Michel : les outils de gestion du centre ancien

Le quartier Saint-Michel à Bordeaux se développe dès le Moyen Âge, en lien avec le port. Quartier particulièrement vivant aujourd’hui, il a fait l’objet de nombreuses opérations de rénovation, notamment la réfection de la place principale en 2013 et la restauration de la flèche Saint-Michel (2022-2026).

Le quartier Saint-Michel est inclus dans le périmètre du site patrimonial remarquable (SPR). Ce dispositif de gestion porté par la Ville a remplacé en 2016 le secteur sauvegardé mis en place dès 1967 à Bordeaux sous l’impulsion du maire Jacques Chaban-Delmas. Le SPR est un outil puissant au service du maintien de l’habitabilité dans les centres anciens. Il se traduit par le plan de sauvegarde et de mise en valeur (PSMV), qui protège certains immeubles et se substitue au règlement du plan local d’urbanisme dont il remplit le rôle en donnant les règles qui encadrent les évolutions.

En complément de ce cadre réglementaire, le Programme national de requalification des centres anciens dégradés (PNRQAD) s’est concrétisé à Bordeaux par le projet [Re]centres. Lancé en 2010 et étendu en 2023, il est le cadre du projet global pour le centre ancien.

Figure 3. Chantier de restauration de la flèche Saint-Michel, dans le quartier éponyme de Bordeaux (2023)

Figure 3. Chantier de restauration de la flèche Saint-Michel, dans le quartier éponyme de Bordeaux (2023)

© Julien Gazeau.

Un exemple à l’échelle de l’îlot : le jardin partagé Dorignac

Dans le centre de la ville de pierre, il est important de proposer aux habitants des espaces verts partagés. En complément des espaces publics, les cœurs d’îlot offrent parfois des opportunités pour former des poches de verdure et favoriser ainsi la rencontre. Le jardin partagé Dorignac (2016) est une opération de 570 m2 sur cinq parcelles, permise par la démolition des constructions, insalubres, qui limitaient l’aération et la luminosité des immeubles.

L’adaptation à l’existant est le maître mot : plantations en bacs à cause de la pollution des sols liée à d’anciennes activités, mais aussi préservation des parties basses des anciens murets séparant les parcelles pour témoigner de l’histoire du site. La gestion du jardin, aménagé par inCité, est déléguée à une association d’usagers qui en garantit une exploitation écologique et conviviale. Un projet bénéfique pour le bâti existant, la biodiversité et le lien social.

Figure 4. Arrêt au jardin partagé Dorignac lors de la balade urbaine à Bordeaux (mai 2025)

Figure 4. Arrêt au jardin partagé Dorignac lors de la balade urbaine à Bordeaux (mai 2025)

© Audrey Malbrel.

La réhabilitation du bâti ancien dans le cadre du label Bâtiment frugal bordelais

Le projet sis rue Planterose à Bordeaux est porté par l’aménageur et bailleur social inCité. Il comporte à la fois une réhabilitation et une construction, les deux immeubles partageant à terme des services communs (hall d’entrée, parking vélo…). L’opération s’inscrit dès le départ dans une démarche vertueuse : limiter l’usage du béton et, lorsque c’est le cas, utiliser du béton bas carbone, calculer les ouvertures pour favoriser à la fois l’éclairement naturel mais aussi le confort thermique et la ventilation, installer des récupérateurs d’eau pour réduire le débordement des eaux de pluie, employer des matériaux biosourcés (issus du vivant et moins consommateurs en ressources et énergie).

Le projet, livré en 2026, a reçu le label Bâtiment frugal bordelais. Mis en place par le maire Pierre Hurmic, ce label offre un accompagnement à ceux désireux de réhabiliter ou construire de manière vertueuse, une reconnaissance de la démarche frugale (consommer moins) et incite à prendre en compte tout le vivant usager du territoire (animal, végétal). En 2025, les premiers chantiers bénéficiant du label ont été achevés.

Figure 5. La rue Planterose à Bordeaux (2026)Image 10000000000003400000022B0688079A33CF528E.jpg

© Alban Gilbert.

Figure 6. Qu’est-ce qu’« habiter frugal » ?

Figure 6. Qu’est-ce qu’« habiter frugal » ?

© Olivier Sampson.

La nouvelle place des Capucins, résultat d’un urbanisme transitoire

Au débouché d’un axe structurant reliant le centre aux quartiers sud de la ville, la place des Capucins présentait une structure encore très empreinte des années 1960 et de l’importance de la voiture, isolant le marché – véritable ventre de Bordeaux – des piétons.

En 2022, une organisation différente de la circulation ainsi que des aménagements légers temporaires ont permis de tester une nouvelle configuration avant de lancer des aménagements pérennes : la partie centrale de la place devient piétonne à la manière des ramblas espagnoles, ce qui a créé un cheminement direct vers le cœur du marché. Comme pour la place Stalingrad, l’objectif était de désimperméabiliser les sols, de retrouver une couche basse de végétation pour favoriser l’évapotranspiration des végétaux, le développement des tilleuls existants pour faire un îlot de fraîcheur.

Figure 7. La place des Capucins à Bordeaux avant (2021) et après les aménagements (2024)

Figure 7. La place des Capucins à Bordeaux avant (2021) et après les aménagements (2024)

© Thomas Sanson, Mairie de Bordeaux.

Rue Kléber, une rue-jardin résultat de l’opération [Re]centres

Dans la suite géographique des Capucins, la rue Kléber (2014) fut l’une des premières actions du projet [Re]centres afin de relier les quartiers d’échoppes du faubourg sud au centre-ville de manière apaisée. À la manière d’une rue-jardin, les trottoirs sont peu différenciés pour donner priorité aux piétons, les circulations se font sinueuses pour ralentir le rythme et inviter à la flânerie, et la végétation se développe partout ailleurs.

Au milieu de la rue, un espace à l’abri des voitures est redevenu un lieu de vie à la manière d’une placette de village. Initialement, la gestion de ces espaces verts a été pensée pour inviter l’ensemble des riverains à prendre part aux plantations, à l’entretien, et s’approprier l’espace tel un jardin collectif. Un modèle légèrement différent s’est instauré dans la pratique, avec certains habitants très impliqués pour le collectif, et une multitude de pratiques individuelles qui, cumulées, créent le paysage de la rue. Un résultat final qui émane tout autant de la collectivité publique que de l’appropriation des lieux par chacun, à sa manière.

Figure 8. La rue Kléber à Bordeaux (2018)

Figure 8. La rue Kléber à Bordeaux (2018)

© Frédéric Deval, Mairie de Bordeaux.

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Figure 1. Les différents quartiers de « Bordeaux, port de la Lune » et de sa zone tampon

Figure 1. Les différents quartiers de « Bordeaux, port de la Lune » et de sa zone tampon

Sources : OCS PIGMA 2015 - Fond SIG Bordeaux Métropole.

Figure 2. La place Stalingrad à Bordeaux (2026)

Figure 2. La place Stalingrad à Bordeaux (2026)

© Laura Brown, 2026.

Figure 3. Chantier de restauration de la flèche Saint-Michel, dans le quartier éponyme de Bordeaux (2023)

Figure 3. Chantier de restauration de la flèche Saint-Michel, dans le quartier éponyme de Bordeaux (2023)

© Julien Gazeau.

Figure 4. Arrêt au jardin partagé Dorignac lors de la balade urbaine à Bordeaux (mai 2025)

Figure 4. Arrêt au jardin partagé Dorignac lors de la balade urbaine à Bordeaux (mai 2025)

© Audrey Malbrel.

Figure 6. Qu’est-ce qu’« habiter frugal » ?

Figure 6. Qu’est-ce qu’« habiter frugal » ?

© Olivier Sampson.

Figure 7. La place des Capucins à Bordeaux avant (2021) et après les aménagements (2024)

Figure 7. La place des Capucins à Bordeaux avant (2021) et après les aménagements (2024)

© Thomas Sanson, Mairie de Bordeaux.

Figure 8. La rue Kléber à Bordeaux (2018)

Figure 8. La rue Kléber à Bordeaux (2018)

© Frédéric Deval, Mairie de Bordeaux.

Anne-Laure Moniot

Responsable du service architecture et du patrimoine urbain en projet, direction de l’urbanisme, Bordeaux Métropole

Marion Belleville

Médiatrice de Bordeaux Patrimoine Mondial, Ville de Bordeaux

CC BY-NC-ND 4.0 sauf pour les figures et les visuels, pour lesquels il est nécessaire d'obtenir une autorisation auprès des détenteurs des droits.