Introduction : le cas de Berre-l’Étang
Berre-l’Étang, un territoire aux singularités complexes
Le projet d’aménagement étudié, sis à Berre-l’Étang, concerne une ancienne friche militaire qui accueillera 239 logements dont 61 % de logements sociaux, prioritairement destinés aux habitants de la commune. L’opération comprend du logement collectif, majoritairement de faible hauteur à l’exception d’un bâtiment signal en R +5 (la tour Cylindre), ainsi que de l’habitat individuel : le projet, dont les travaux ont débuté fin 2023-début 2024, s’intègre dans l’appel à manifestation d’intérêt « Engagés pour la qualité du logement de demain » lancé en 2021.
Une attention particulière est par ailleurs portée à la qualité paysagère, notamment à travers la création d’une « forêt connectée » (figure 1) équipée de capteurs de pollution, pour prévenir en cas de pic. La commune est en effet marquée par l’implantation d’usines de pétrochimie, encore présentes sur le territoire.
Figure 1. Perspective du projet Les rives de l’étang à Berre-l’Étang
© Architecte : Agence Jérôme Siame.
À cela s’ajoute le couloir aérien en raison de la proximité avec l’aéroport de Marignane. Un plan d’exposition au bruit a été élaboré, mais la nuisance reste importante.
Le projet est donc confronté à des nuisances cumulées, atmosphériques et sonores, qui posent directement la question de la santé environnementale (figure 2).
Figure 2. Berre-l’Étang, un territoire aux singularités complexes
Réalisation : Charlotte Sari.
Problématique des travaux doctoraux
La problématique centrale de la thèse consiste à comprendre comment concevoir et mettre en œuvre une démarche d’urbanisme favorable à la santé (UFS) qui intègre les impératifs climatiques, dans le cadre de la densification urbaine autour de Berre-l’Étang, en prenant en compte les besoins des habitants et en développant des indicateurs de qualité de l’habitat adossés au bilan opérationnel.
Le choix de se focaliser sur l’habitat repose sur une conception élargie de celui-ci, inspirée notamment des travaux de Thierry Paquot, pour qui l’habiter dépasse largement les murs du logement. Un logement ne peut être considéré comme de qualité indépendamment de son environnement ; l’insertion territoriale participe pleinement de la qualité du logement.
Mobilisation du guide ISadOrA pour une première évaluation du projet
Afin d’initier une évaluation du projet au regard de la santé1, une première analyse a été menée à partir du guide ISadOrA, élaboré par l’École des hautes études en santé publique, l’agence d’urbanisme Bordeaux Aquitaine et la Fédération nationale des agences d’urbanisme, sous la direction notamment d’Anne Roué-Le Gall.
Brève présentation du support
Le guide ISadOra s’articule autour de 15 « clefs » opérationnelles ; trois sont des « clefs de processus », les douze autres des « clefs de conception » (figure 3).
Figure 3. Articulation des 15 clefs opérationnelles du guide ISadOrA
Reproduit de Roué-Le Gall et al., 2020, p. 31. © Guide ISadOrA, a’urba, EHESP.
Les clefs de processus – gouvernance santé, portrait de santé/environnement, démarches participatives – constituent les fondations de la démarche. Ce diagnostic permet une hiérarchisation des enjeux propres au territoire étudié et donc de cibler les clefs de conception lors de l’évaluation.
Grâce à ces clefs de conception, le projet est détaillé sur un axe bien précis au regard de la santé. Le guide ISadORa propose, pour chaque clef de conception, une fiche support qui explique la clef et ses liens avec la santé (relations entre les thématiques d’aménagement, les effets et les influences, les conséquences sur les déterminants de santé et in fine sur la santé physique, le bien-être et la santé mentale ; ex. : figure 4) ; les leviers d’action et la mise en œuvre.
Figure 4. Exemple de représentation graphique des liens entre thématiques d’aménagement et déterminants de santé. Clef opérationnelle : exposition des populations
Reproduit de Roué-Le Gall et al., 2020, p. 90. © Guide ISadOrA, a’urba, EHESP.
Méthodologie adoptée
Il s’agit dans un premier temps, dans le cadre du diagnostic, de s’intéresser à la clef de processus 1, la gouvernance santé. Pour cela, une cartographie théorique des acteurs impliqués a été réalisée, sur le modèle de celle suggérée par le guide ISadOra (Le Roué-Le Gall et al., 2020, p. 39 ; figure 5), afin d’identifier ceux qui pourraient contribuer au « regard santé » du projet.
Figure 5. Ensemble des parties prenantes au projet de Berre-l’Étang
Réalisation : Charlotte Sari.
En termes de démarches participatives, la gouvernance comprend déjà un conseil citoyen déjà très important, d’autant qu’un certain nombre d’habitants ont participé au dispositif REPONSES de l’agence régionale de santé Provence-Alpes-Côte d’Azur mobilisé pour analyser la perception des risques sanitaires dans un territoire marqué par une recrudescence de cancers. Le groupement de promoteurs immobiliers Villenova-Erilia est par ailleurs un acteur majeur du projet, à l’écoute de la recherche menée et prêt à le réévaluer en conséquence afin d’améliorer sa qualité, en particulier en matière de santé.
Ensuite, le portrait de santé du territoire a été réalisé à partir de l’étude d’impact sur l’environnement (EIE), en mobilisant également les résultats du dispositif REPONSES ainsi que des données épidémiologiques disponibles. Quatre grandes thématiques se distinguent – projet, environnement, interdictions/avertissements, santé humaine – dont les éléments ont été rattachés aux clefs opérationnelles du guide IsadOra. Les clés jugées prioritaires concernent : l’exposition des populations (4), la qualité des logements (5), les fonctions sociales des interfaces et espaces communs (10), la fonction des espaces publics (11), les îlots de chaleur urbains (14) et la gestion des eaux pluviales (15).
Le projet ayant été découpé en plusieurs îlots, l’évaluation a été réalisée ensuite à cette échelle fine afin de montrer la potentielle dichotomie d’exposition entre les différents îlots de l’opération.
Chaque clef principale a été reprise, avec les bonnes pratiques associées, et retranscrite à partir de l’EIE. Cette évaluation exploratoire a permis au promoteur de commencer à déployer son projet au regard de la santé, de déplier ses choix et d’identifier ses forces et ses faiblesses.
Résultats exploratoires
Cette première analyse, volontairement rapide, vise principalement à ancrer une réflexion plus large, une ouverture proposée ensuite. Les points forts du projet se situent essentiellement autour des espaces publics (forêt connectée) et des essences employées, qui ont été étudiées afin d’apprécier leur contribution potentielle à la limitation des îlots de chaleur urbains.
Toutefois, l’évaluation par îlot révèle un déséquilibre. Certains îlots sont isolés du projet et ne profitent pas d’espaces verts qualitatifs au pied des bâtiments. En cause, la place de la voiture individuelle. Le parking et la voie secondaire le desservant limitent l’offre de végétalisation qualitative.
Ouverture : prise en compte des externalités santé dans les documents opérationnels
Le bilan opérationnel, un outil d’urbanisme favorable à la santé
À la lumière de ce cas d’étude, qu’est-ce qui justifierait une prise en compte des enjeux de santé de la part des acteurs opérationnels comme les promoteurs ? Concrètement, quel est l’intérêt pour eux, par exemple, d’investir dans une piste cyclable ultra-aménagée qui crée un îlot de fraîcheur ? Il ne s’agit pas de faire de la santé un levier financier « pur » discriminant qui renchérirait le coût d’accès à des espaces plus qualitatifs, ce qui renforcerait les inégalités.
C’est à travers le bilan opérationnel que les solutions pourraient être trouvées. Ce bilan du promoteur agrège les coûts et les recettes escomptées d’une opération et constitue l’outil principal de pilotage économique. Mais l’approche adoptée, évolutive selon les phases du projet, serait globale par l’évaluation des coûts et bénéfices holistiques, c’est-à-dire en incluant des dimensions environnementales, sociales et de santé en particulier (Bourdeau-Lepage, 2020 ; Al Saad et al., 2024). Cela suppose des bilans financiers différents en fonction des étapes de l’opération : bilan financier de faisabilité (études préalables), bilan financier initial (montage opérationnel), bilans financiers prévisionnels périodiques actualisés (réalisation de l’opération), bilan financier de clôture (achèvement). Le promoteur pourrait ainsi identifier au fur et à mesure les leviers pour améliorer son opération au regard de la santé, de la qualité.
Les leviers du bilan opérationnel
En interrogeant les promoteurs et les bailleurs sociaux, il apparaît que des dispositifs, et en particulier certains labels, pourraient être mobilisés. Ils ouvrent droit à des accompagnements financiers supplémentaires dans le cadre d’un projet favorable à la santé, ce qui diminuerait le coût de la charge foncière.
Un bilan colorimétrique pourrait être un autre levier possible, avec un système de scores de santé, d’habitabilité, etc., que l’on retrouverait sur des affiches. Ce bilan est susceptible de rendre visible l’engagement du projet et d’en valoriser les qualités auprès des habitants et des partenaires.
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Usages déclarés de l’intelligence artificielle générative par l’auteur |
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OUI |
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Rédaction, argumentation |
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Usage proscrit pour les Cahiers ESPI2R |
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Recherche d’informations et synthèse de l’état de l’art |
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Reformulation |
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