L’urbanisme favorable à la santé : une réponse aux effets de l’urbanisation croissante et du changement climatique
L’urbanisme favorable à la santé (UFS) s’inscrit d’une part dans un contexte d’urbanisation croissante à l’échelle mondiale, qui produit des effets bien identifiés, notamment : pollutions, imperméabilisation des sols, dégradation de la qualité de l’air. Cette urbanisation contribue également à changer les modes de vie, en particulier en termes de mobilités. Si les années 1960-1970 sont marquées par l’avènement de l’automobile, d’autres modèles tentent aujourd’hui d’émerger. D’autre part, le changement climatique fait aussi son œuvre, avec des impacts tels que canicule, îlot de chaleur urbain ou encore stress hydrique. Ces évolutions ont des conséquences directes sur la santé publique, comme sur le vieillissement de la population – alors que demain plus d’1/3 des Français auront plus de 60 ans –, l’exposition aux nuisances environnementales et à certaines maladies (figure 1).
C’est ainsi que l’UFS, tel que défini par Roué-Le Gall et al. (2018), constitue une approche holistique de l’urbanisme qui intègre la santé et le bien-être comme critères essentiels dans l’élaboration des politiques d’aménagement et d’urbanisme. Elle repose sur la prise en compte des déterminants de la santé, qu’ils soient environnementaux, socioéconomiques ou individuels, et mobilise des disciplines variées issues de la santé-environnement et de la promotion de la santé. L’objectif de l’UFS est de guider les choix d’aménagement de manière à réduire l’exposition des populations aux facteurs de risques induits par l’urbanisation croissante et le changement climatique. Parallèlement, l’USF vise à promouvoir des facteurs protecteurs que sont l’exercice physique, l’accès aux soins ou aux espaces verts, par exemple (Roué-Le Gall et al., 2022).
Figure 1. L’urbanisme favorable à la santé (UFS), à la croisée des enjeux de santé et d’environnement
Reproduit de Roué-Le Gall et al., 2020, p. 8.
Conséquences du vieillissement sur le rapport à l’espace des personnes âgées
Qu’est-ce qu’une personne âgée ?
L’expression « personne âgée » véhicule une vision caricaturale – réduite souvent à une vieille dame et sa canne –, des images négatives (maladie d’Alzheimer, etc.), dans une société où l’on prône le fait d’être jeune et actif.
La « personne âgée » recouvre une diversité de parcours, d’expériences et de niveaux d’autonomie. Il est essentiel de déconstruire les stéréotypes, qui réduisent souvent les seniors à la dépendance. Beaucoup d’entre eux sont actifs, engagés et autonomes. Mais pour que cette autonomie perdure, l’environnement doit être adapté à leurs besoins évolutifs.
Distinguer la sénescence de la déprise
Il semble ainsi nécessaire de distinguer la sénescence de la déprise. La sénescence constitue un processus naturel, qui débute dès 20 ans, avec des effets visibles à partir de 40 ans (baisse de la vision, de l’audition, difficultés de mobilité, troubles de l’équilibre…). Le vieillissement n’entraîne donc pas forcément des maladies, mais est plutôt à l’origine de fragilités – parfois invisibles –, qui font partie d’un processus normal.
La déprise est un renoncement progressif à certaines activités ou déplacements, souvent lié à un environnement inadapté (absence de bancs, trottoirs dégradés, manque de transports accessibles…) et donc pas uniquement à l’état de santé. Les territoires mal conçus accélèrent la déprise – cette théorie fait néanmoins l’objet d’une remise en question – et l’isolement social. À l’inverse, un cadre urbain adapté permet de ralentir ces phénomènes et d’améliorer la qualité de vie.
La notion de territoire favorable au vieillissement
Un territoire favorable au vieillissement est un espace qui permet aux personnes âgées de se déplacer en toute sécurité grâce à des infrastructures adaptées, d’accéder facilement aux services essentiels (commerces, soins, culture, espaces de sociabilité), de rester en lien avec la société et d’éviter ainsi l’isolement.
Dans leur première étude sur les « territoires de vie » à Lyon, dans une perspective de construire des logements davantage adaptés aux personnes âgées, Chapon & Renard (2009 ; Chapon et al., 2011) avaient « tracé » les déplacements de résidentes seniors de deux quartiers situés avenue Tony-Garnier et à Laennec afin d’analyser et de mesurer les déplacements quotidiens, leur intensité et leur densité (figures 2 et 3). En moyenne, l’espace pratiqué quotidiennement s’organise dans un rayon d’environ 500 mètres autour du domicile. Ce périmètre – constaté par d’autres géographes comme Sébastien Lord – varie notamment selon la qualité des infrastructures, la présence de commerces, avec des conséquences sur le nombre de sorties quotidiennes. Les habitantes de Laennec se déplacent ainsi hors de leur quartier grâce au métro, vers Montplaisir, beaucoup plus « favorable » à l’instar de l’ensemble sis avenue Tony-Garnier. Mais ces déplacements sont moins fréquents que ceux des résidentes de Tony-Garnier. Or, bien vivre dans son environnement, c’est s’épanouir dans et autour de son logement, dans son quartier, et en interconnexion par rapport aux autres quartiers de la commune : c’est ce que souligne en particulier le référentiel Seine-Saint-Denis favorable au vieillissement et au handicap (2021). Le territoire favorable au vieillissement, compris dans un rayon de 500 mètres autour du lieu d’habitation des personnes âgées, contribue ainsi à préserver l’autonomie des seniors.
Figure 2. Densité et intensité des lieux visités par les résidentes de l’ensemble Tony-Garnier
Reproduit de Chapon & Renard, 2009, p. 169. Licence CC BY 3.0.
Figure 3. Densité et intensité des lieux visités par les résidentes de l’ensemble Laennec
Reproduit de Chapon & Renard, 2009, p. 170. Licence CC BY 3.0.
Cette approche rejoint la démarche « Ville amie des aînés » définie en 2007 par l’Organisation mondiale de la santé (OMS), qui promeut des environnements urbains favorables à la participation et à la qualité de vie des personnes âgées, avec des éléments concrets en termes d’aménagement. Rennes Métropole, par exemple, a ainsi délimité des « secteurs favorables au vieillissement », où l’on retrouve ces rayons de 500 mètres, désormais intégrés dans le plan local d’urbanisme. La Métropole de Lyon, avec l’aide de l’agence d’urbanisme de Lyon et des trois offices publics de l’habitat, a quant à elle développé un outil cartographique en ligne1 qui permet de repérer les territoires favorables au déploiement d’une offre de logements adaptée aux personnes âgées. Cela permet de travailler sur la cohérence de l’implantation de résidences services, des commerces, des services.
Analyses critiques de l’UFS au regard des besoins des seniors
La notion de territoire favorable au vieillissement amène à celle d’urbanisme favorable au vieillissement, en lien avec l’UFS. Ce dernier véhicule néanmoins certains concepts, volontiers « à la mode » (Chapon, 2024), qu’il convient de remettre en question au regard des besoins des personnes âgées.
L’unité de voisinage
L’unité de voisinage, conceptualisée par l’urbaniste Clarence Perry dans les années 1920, repose sur l’organisation de l’espace autour de services et d’équipements accessibles à pied (écoles, commerces, lieux de sociabilité) pour favoriser la vie locale et réduire la dépendance à la voiture.
Ce modèle a été réadapté dans plusieurs politiques urbaines récentes afin de créer des quartiers plus autonomes et vivants. Cependant, il présente plusieurs limites pour les seniors. D’abord, il s’agit d’une vision fonctionnelle qui ne prend pas en compte la diversité des capacités de déplacement. Si les services sont bien placés dans un rayon défini, encore faut-il que l’environnement permette aux seniors de s’y rendre facilement. Or, les distances « raisonnables » pour un adulte valide ne sont pas toujours adaptées aux personnes âgées ayant des limitations de mobilité. Ensuite, l’accessibilité est souvent négligée. Un environnement peut en effet être théoriquement proche mais pratiquement inaccessible : obstacles urbains (marches, absence de bancs, traversées dangereuses), transports en commun non adaptés. Les déplacements ne sont donc pas seulement une question de distance, mais aussi de qualité des infrastructures et de perception de sécurité.
La ville du quart d’heure
Le concept de « ville du quart d’heure », popularisé par l’urbaniste Carlos Moreno, est fondé sur l’idée que toutes les fonctions essentielles doivent être accessibles à 15 minutes à pied ou à vélo depuis son domicile.
Cette approche, prometteuse, comporte des limites importantes pour les personnes âgées. Cette vision est davantage centrée sur les actifs et les mobilités douces. Ainsi, en privilégiant une approche uniquement piétonne, sans adapter les infrastructures aux personnes à mobilité réduite (PMR), ce modèle peut paradoxalement enfermer les seniors dans leur quartier. Par ailleurs, le risque d’isolement est accru quand les services ne sont pas pensés pour eux. Dans la ville du quart d’heure, chaque quartier doit être autosuffisant, ce qui peut poser un problème si les services adaptés aux seniors sont inégalement répartis : lorsqu’un quartier n’intègre pas de structures médicales adaptées, d’espaces intergénérationnels ou de commerces accessibles, les seniors devront sortir de ce périmètre… et cela deviendra difficile sans moyens de transports adaptés. Enfin, la fragmentation urbaine peut exclure les seniors. Le modèle implique en effet que les habitants vivent dans une « bulle locale », ce qui réduit les besoins de déplacements lointains. Or, les seniors sont plus sensibles aux liens sociaux et familiaux, qui peuvent se situer hors de leur quartier (visites à des proches…). Si la ville du quart d’heure enferme chacun dans son quartier, les seniors risquent de voir leurs interactions sociales se réduire drastiquement, ce qui accentue leur isolement.
Principes de mise en œuvre de l’urbanisme favorable au vieillissement
Améliorer l’accessibilité et la mobilité
La mise en œuvre de l’urbanisme favorable au vieillissement repose sur la prise en compte d’éléments précis. D’abord, améliorer l’accessibilité et la mobilité suppose de favoriser la « marchabilité » des quartiers, ce qui nécessite l’amélioration des cheminements piétons par des trottoirs larges et dégagés, un entretien régulier, l’implantation de bancs adaptés (assises surélevées, accoudoirs, dossiers hauts) tous les 150 mètres.
Les transports en commun doivent en outre être adaptés aux besoins des seniors en assurant des arrêts de bus accessibles à moins de 150 mètres des habitations et en offrant des fréquences de passage réduites en heure de pointe afin d’éviter les déplacements contraints.
Il est également important de créer une signalétique directionnelle adaptée : indication du temps de marche nécessaire pour atteindre les principaux services, adoption d’une signalétique multisensorielle (braille, signaux sonores…).
Renforcer les services et les transports de proximité
Le deuxième axe d’action consiste à renforcer les services et les transports de proximité par l’implantation des commerces et de services essentiels (boulangerie, pharmacies, supérettes, services médiaux de premier recours) à moins de 300 mètres des habitations.
Il faut aussi assurer un accès direct à la voie publique pour les structures sociales et de santé, ce qui requiert une meilleure visibilité des services d’aide à domicile.
Intégrer des espaces de repos et de convivialité
La lutte contre les îlots de chaleur urbains suppose de multiplier les espaces verts et les zones ombragées en plantant davantage d’arbres et en créant des îlots de fraîcheur urbains.
Il est aussi nécessaire de mettre en place des points d’eau accessibles et visibles dans l’espace public.
Enfin, il paraît essentiel de créer des tiers-lieux intergénérationnels pour renforcer le lien social : espaces de rencontres adaptés aux seniors et aux autres générations, lieux hybrides comme des cafés associatifs, des jardins partagés. Toutefois, le choix des essences végétales doit être raisonné : certaines espèces fortement allergisantes ou générant une perte importante de feuilles augmentent les risques sanitaires et les chutes des personnes âgées.
Quelques illustrations et recommandations
Les exemples suivants sont des cas rencontrés lors de missions réalisées par Domélia Conseil.
Aménagement paysager
Certaines espèces, comme le bouleau nain ou la saule des montagnes, sont connues pour leur production importante de pollen allergisant, tandis que les espèces caduques génèrent une perte importante de feuilles, ce qui nécessite un entretien régulier. Il est ainsi préférable de limiter au maximum ces espèces à proximité des espaces fréquentés particulièrement par les seniors et des jeux pour enfants. Les alternatives sont :
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les arbres à faible production de pollen tels que le charme (peu allergisant, adapté aux sols variés et aux conditions urbaines), l’érable champêtre (résistant aux maladies, faiblement allergisant, au feuillage dense) ou le sorbier des oiseleurs (qui produit des fruits appréciés par la faune et nécessite peu d’entretien) ;
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les arbustes persistants, comme le laurier-tin (peu allergisant, persistant, dont la floraison est hivernale), le chalef d’Ebbing (persistant, tolère bien la taille, attire peu les allergènes), l’abelia et le grandiflora (facile à entretenir, dont le feuillage est semi-persistant et la floraison estivale) ;
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une couverture végétale pour zones arbustives : chèvrefeuille arbustif (persistant, peu sensible aux maladies, et dont la croissance est rapide), laîche d’Oshima (idéal pour stabiliser les sols et réduire l’érosion).
Assises
Les bancs doivent être conçus pour être accessibles à tous et à toutes, y compris aux PMR. Une hauteur d’assise standard de 45 à 50 cm est recommandée pour faciliter l’utilisation par les seniors et les personnes en fauteuil roulant.
Il est recommandé de choisir des modèles avec des accoudoirs pour aider à se lever et offrir un meilleur soutien. Les assises et les dossiers doivent être inclinés légèrement pour un confort optimal.
L’installation d’assises individuelles avec accotoirs, par grappes de deux ou trois maximum, peut également être une alternative car elles limitent les attroupements.
Revêtement des cheminements
Le revêtement d’un cheminement accessible aux PMR doit offrir un contraste visuel et tactile par rapport à son environnement, ce qui permet une détection aisée à l’aide d’une canne blanche ou par le ressenti au pied. Grâce à cela, les personnes malvoyantes ou non voyantes identifient clairement le début du cheminement.
Le sol ou le revêtement de ce cheminement doivent également répondre à des critères essentiels : stables, non glissants, non réfléchissants et sans obstacle pour les roues. Ces caractéristiques sont indispensables pour limiter les risques d’accidents et garantir la sécurité des usagers.
De plus, le cheminement ne doit pas créer de gêne visuelle ou sonore afin de préserver les repères nécessaires aux personnes ayant une déficience sensorielle. En l’absence de ces repères, leurs déplacements pourraient être compromis.
Ainsi, le stabilisé renforcé est à préférer au stabilisé simple car le liant (argile, résine naturelle, ciment léger) améliore les propriétés mécaniques et augmente la portance du revêtement. La surface est alors stable et uniforme, adaptée aux PMR. En outre, le stabilisé renforcé a un aspect naturel qui s’intègre bien dans les environnements paysagers et bénéficie d’une bonne perméabilité, ce qui évite la formation de flaques d’eau.
Conclusion : la nécessaire inclusivité
Concevoir des espaces accessibles aux PMR ne devrait pas rimer avec stigmatisation. Le cas du musée des Confluences est à cet égard significatif : il présente une entrée monumentale par escalier, avec beaucoup de marches, et un accès secondaire par ascenseur. Cet équipement public n’est donc pas inclusif ; si l’accessibilité est perçue comme réservée à certains publics, cela peut générer un sentiment de mise à l’écart, tandis que les usagers ne doivent pas avoir besoin de détailler la nature de leurs fragilités pour bénéficier de l’accès facilité.
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Usages déclarés de l’intelligence artificielle générative par l’auteur |
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Rédaction, argumentation |
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Usage proscrit pour les Cahiers ESPI2R |
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Recherche d’informations et synthèse de l’état de l’art |
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Résumé et/ou génération de mots clés |
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