Vieillissement et habitat, des innovations à tous les étages ?

Discussion autour de la 1re session

Hélène Joinet

DOI : 10.65592/espi2r.2247

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Joinet, H. (2026). Vieillissement et habitat, des innovations à tous les étages ? Discussion autour de la 1re session. Dans J. Blain, S. Buhnik & A. Reimat (dir.), La santé à l’épreuve des évolutions de la production urbaine. Mis en ligne le 02 octobre 2026, Cahiers ESPI2R, 25 | 2026, consulté le 06 octobre 2026. DOI : 10.65592/espi2r.2247

Le vieillissement de la population réinterroge l’offre de logements, qu’il s’agisse du parc existant ou de la production neuve, et interpelle l’ensemble des acteurs du secteur immobilier, publics comme privés. Dans le même temps, la vieillesse reste éminemment plurielle : dès lors, les solutions proposées se doivent de l’être aussi. Les exemples cités ci-après témoignent de la diversité des initiatives à l’œuvre ; ils sont extraits du Cahier de L’Institut Paris Region, Vieillir et alors ? Bâtir une société de la longévité publié par les Presses universitaires de France.

L’adaptation de l’habitat : un objectif qui s’applique au logement stricto sensu comme à l’insertion dans le quartier

« L’adaptation de l’habitat : un enjeu à 360 degrés. » Cette formule, utilisée par l’intervenante Lisa Pottier, traduit le large éventail des interventions liées à l’accompagnement du vieillissement. On songe bien sûr aux aménagements techniques, tels que les barres d’appui, les douches extraplates, les plans de travail à plusieurs niveaux, les portes coulissantes, les volets motorisés... Or, anticiper progressivement l’adaptation de ses espaces de vie n’est pas encore un réflexe commun. Il y a aussi l’échelle de l’immeuble, avec un enjeu spécifique autour du bon fonctionnement des ascenseurs ou de leur installation. En cas de défaillance, des services se développent même pour assurer le « portage » des personnes ! La référence à l’immeuble n’est pas neutre : les études sur les relations de voisinage, telle l’enquête « Mon quartier, mes voisins » (Authier & Cayouette-Remblière, 2020), montrent qu’au fur à mesure de l’avancée en âge, les relations de voisinage se resserrent sur l’immeuble. Et même lorsque cette sociabilité de voisinage s’amenuise fortement, l’attachement symbolique accordé à ce réseau relationnel reste intact.

Mais au-delà du logement et de l’immeuble, l’insertion dans le quartier s’avère cruciale. La facilité à sortir de chez soi, à faire ses courses et à se déplacer est en effet importante pour vieillir en bonne santé, en ménageant des occasions de sociabilité et aussi d’exercice physique. Le logement peut en effet devenir un lieu d’enfermement. Le risque de repli dans l’espace privé est bien réel lorsque les conditions d’accessibilité des espaces publics sont dégradées. L’enquête biannuelle « Victimation et sentiment d’insécurité en Île-de-France » (Heurtel, 2024) souligne un renoncement aux sorties, notamment des femmes âgées vivant seules, lorsque s’installe un sentiment d’insécurité engendré par des espaces et des aménagements peu rassurants et insuffisamment entretenus. Face à ce constat, l’entretien des espaces extérieurs, l’éclairage ou encore la signalisation apparaissent essentiels pour favoriser la pratique de l’espace public par les aînés. La qualité des espaces renvoie alors aussi bien au revêtement des cheminements piétons, aux marquages au sol, à la régularité des bancs, à la fraîcheur de l’ombrage, variable selon les essences d’arbres…

L’émergence de nouveaux chez-soi

Indubitablement, les formes d’habitat à destination des personnes âgées se diversifient : habitat inclusif, intermédiaire, intergénérationnel, intragénérationnel, etc. Ces typologies prévoient souvent des espaces de sociabilité et d’activités ainsi que des occasions de partage tout en préservant l’intimité et un véritable chez-soi. Constatant cette démultiplication de projets, Marie de Hennezel, psychologue clinicienne, insiste sur le rôle moteur des baby-boomers. Ils sont en effet nombreux à réfléchir à l’habitat qui leur conviendrait lors de la survenue des fragilités et à vouloir anticiper, pour être à la fois « chez soi et ensemble », comme en témoignent les béguinages solidaires (de Hennezel & Robet, 2023). Cette solidarité intragénérationnelle est d’ailleurs, selon elle, une innovation marquante de cette nouvelle génération des plus de 60 ans.

La multiplication de ces projets laisse envisager qu’à moyen terme, ils ne composeront plus une « niche » au volume anecdotique, mais bien de nouvelles formes d’habitat investies à la fois par des acteurs publics et privés ; avec, à la clé, le développement de nouveaux métiers et de nouvelles compétences pour gérer et animer ces lieux de vie.

Et pourquoi pas des tiers-lieux en Ehpad ?

Les innovations concernent également les structures d’hébergement collectif, à l’image des établissements d’hébergement pour personnes âgées dépendantes (Ehpad), qui accueillent parfois des tiers-lieux. Citons notamment des jardins partagés ou des cafés solidaires ouverts sur le quartier. Ces expérimentations bénéficient de financements de la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie et des agences régionales de santé. De même, des Ehpad reconvertissent temporairement leur salle de réunion et leurs bureaux en espaces de coworking pour des entreprises de l’économie sociale et solidaire. Ces initiatives bousculent l’image des Ehpad conçus comme des isolats. Leur évaluation souligne les bénéfices pour les résidents qui en retirent des interactions renouvelées ; pour les familles, séduites par ce nouvel environnement ; et pour les professionnels et soignants, dont le cadre et le quotidien de travail gagnent en attractivité.

Les collectivités, toutes concernées

Les départements, en charge de l’aide sociale et des politiques de solidarité, jouent un rôle majeur dans la planification des établissements d’hébergement pour personnes âgées (pour la construction et la rénovation). Au-delà des résidences (autonomie…), ils soutiennent aussi l’habitat inclusif, et surtout les services à domicile. Ainsi, le volume et la nature de leurs prestations sociales sont fortement impactés par les caractéristiques socioéconomiques de la population. En Île-de-France, dans le département de la Seine-Saint-Denis où un quart de la population vit sous le seuil de pauvreté, la prévalence de la perte d’autonomie est plus élevée que la moyenne régionale, et le taux de recours à l’allocation personnalisée d’autonomie (APA) y est plus important. Mais face aux multiples enjeux du vieillissement, les départements s’attachent à faire évoluer leurs politiques de solidarité au profit d’une approche globale, à l’image du département des Yvelines investi dans la démarche « Villes amies des aînés ».

Quant aux Régions, compétentes en matière de développement économique, elles sont un acteur à part entière de la silver economy qui couvre le champ de l’habitat. Elles soutiennent ainsi des innovations de start-up dans le domaine des objets connectés qui fournissent une assistance aux personnes fragiles et soulagent aussi les aidants. De fait, parmi les entreprises technologiques franciliennes dédiées au « bien-vieillir » (robotique, objets connectés), une part notable se consacre à l’adaptation du logement. Enfin, dans un contexte où l’écrasante majorité des personnes âgées souhaite continuer de vivre à leur domicile, et où les politiques publiques privilégient le « virage domiciliaire », le rôle des Régions est crucial via leur expertise en matière de formations sanitaires et sociales. En effet, ces cursus mènent à des métiers essentiels pour aider au maintien à domicile, qui sont des professions particulièrement en tension tant les besoins sont forts.

Les métropoles ne sont pas en reste. Ainsi, pour implanter au mieux les programmes de logements adaptés pour les personnes âgées, la Métropole de Lyon s’appuie sur une cartographie interactive qui permet d’identifier les territoires favorables pour accueillir ce public1. Développé par l’agence d’urbanisme (UrbaLyon), cet outil croise les données démographiques de l’Institut national de la statistique et des études économiques et des indicateurs tels que la proximité d’équipements et de services jugés prioritaires par les personnes âgées (médecin généraliste, pharmacie, épicerie-supérette, arrêt de transport en commun, boulangerie, marché, bibliothèque, poste et banque), ainsi que la présence d’itinéraires frais (parcs, rues arborées, lieux climatisés). Dans une visée opérationnelle, ces données sont mises à disposition des acteurs du logement : service habitat de la Métropole, centres communaux d’action sociale, organismes HLM, promoteurs…

Outre-Atlantique, la Ville de New York a développé un dispositif inspirant, celui des safe streets for seniors, né du constat que les conséquences des accidents étaient toujours plus graves pour les personnes âgées. Or le recensement de ces accidents a mis en évidence qu’ils surviennent généralement à moins de 150 m du domicile. Des aménagements ont donc été introduits dans les secteurs où se concentraient les accidents : installations de rampes, de nouveaux passages et de signaux sonores pour piétons, resynchronisation des feux, élargissement des trottoirs et des terre-pleins centraux pour faciliter les traversées, etc. Les nouvelles zones créées prennent d’ailleurs désormais en compte les abords des maisons de retraite.

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Authier, J.-Y., & Cayouette-Remblière, J. (dir.). (2020). Mon quartier, mes voisins. Les résultats de l’enquête. Centre Max Weber, Institut national d’études démographiques, Plan Urbanisme Construction Architecture, Agence nationale de la cohésion des territoires, Institut pour la recherche, Grand Lyon la Métropole, Ville de Paris, l’Union sociale pour l’habitat.

Hennezel, M. de, & Robet, T. (2023). Vieillir solidaires. Chez soi mais avec les autres : l’âge en partage. Robert Laffont/Versilio.

Heurtel, H. (2024). Victimisation et sentiment d’insécurité en Île-de-France. Les premiers résultats de l’enquête 2023. L’Institut Paris Region.

Joinet, H., & Laborde, C. (dir.). (2024). Vieillir et alors ? Bâtir une société de la longévité. Presses universitaires de France & L’Institut Paris Region.

Hélène Joinet

Chargée d’études et cheffe de projets, L’Institut Paris Region

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