Conclusion

Ismaël N'daw

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Référence électronique

N'daw, I. (2023). Conclusion. Dans S. Depraz (dir.), Analyse des besoins en logements en France à l’horizon 2030. Méthode et résultats. Mis en ligne le 05 décembre 2023, Cahiers ESPI2R, consulté le 18 juillet 2024. URL : https://www.cahiers-espi2r.fr/1269

À partir de prolongements de tendances, cette étude prévoit un besoin compris entre 379 288 et 426 896 logements par an entre 2019 et 2030. Comme peut en témoigner l’ancienne étude de l’université Paris-Dauphine (Batsch et al., 2006) et le besoin identifié de l’ordre des 150 000 logements par an pour la croissance démographique auxquels s’ajoutent 75 000 logements par an pour les migrations, la demande était autrefois principalement induite par la croissance démographique. Dorénavant, environ 38 %1 de cette demande résulte de la réduction de la taille des ménages. Ce phénomène est partagé par d’autres études récentes telles que celle de l’ESCP Junior Conseil (Bedo & Rochet, 2023) selon laquelle la demande liée à la décohabitation représente un besoin annuel de 152 283 logements, soit environ 34 % du besoin calculé. Cette restructuration des besoins interroge notamment sur l’évolution des nouveaux modes de vie et des nouveaux usages des logements. Une solution face à la « crise du logement » pourrait être de se concentrer sur ce phénomène plutôt que d’envisager une accélération du rythme de construction. D’ailleurs, selon le scénario principal (B), les besoins annuels exprimés sont très proches du rythme de construction de ces dernières années. Ainsi, la France ne souffrirait pas d’un déficit quantitatif de logements mais ferait plutôt face à un problème de conformité entre l’offre et la demande, qui pourrait principalement être dû à des questions liées à la localisation ainsi qu’au type et au prix des logements produits. Il est donc important de connaître la typologie locale des besoins pour que la production soit adaptée au contexte.

Le travail effectué afin de produire cette analyse a permis de contribuer à la littérature relative aux besoins en logements en France. Premièrement, même si certaines études sur la vacance, ou sur les besoins en logements plus globalement, ont expliqué la distinction entre les différents types de vacance par le passé, aucune n’avait encore affirmé l’hypothèse de la stabilité de la vacance rotationnelle en faisant évoluer uniquement le stock de logements vacants structurels. Cette hypothèse a tout de même été confortée par la récente analyse d’Elioth (2023) effectuée en parallèle.

D’autre part, des divergences existent quant à la méthode d’estimation de l’objectif de résorption des besoins non satisfaits en logements. Si certaines études, telle celle l’ESCP Junior Conseil (Bedo & Rochet, 2023), calculent ce « report de la demande sur la base de la différence entre le nombre de logements mis en chantier chaque année entre 2012 et 2022 et un objectif de 500 000 dont ils assument la nécessité » comme l’explique Driant (2023), la présente étude a préféré se positionner sur les chiffres du mal-logement communiqués par la Fondation Abbé Pierre. Ce choix est également celui retenu par l’étude d’Habitat & Territoires Conseil pour l’Union sociale pour l’habitat (HTC/USH, 2023) sur les besoins en logements à l’horizon 2040, mais avec une temporalité de résorption du mal-logement plus longue ainsi qu’une prise en compte de toutes les situations de mal-logement, y compris d’inconfort marqué – ce qui introduit la difficulté d’estimer un besoin ou non en relogement – alors que la présente étude se restreint, par sécurité, aux seules situations de privation de logement. En outre, l’étude HTC/USH (2023) a émis l’hypothèse selon laquelle la taille moyenne des ménages privés de logement serait de 1,19, en se calant sur la seule donnée disponible des ménages hébergés en hôtels. Ici, l’analyse tente d’affiner ce chiffre et d’aller plus loin en estimant une taille moyenne des ménages spécifique à chacune des sous-catégories de la privation de logement personnel – mais en ne retenant que cette catégorie de besoin, dans la mesure où elle est indiscutable dans sa globalité.

Enfin, l’inclusion d’une partie des besoins des personnes vivant en communauté (ou population « hors ménage ») constitue une nouveauté en comparaison des autres études qui se concentrent sur la population des ménages.

Toutes ces limites à la présente étude illustrent particulièrement la marge de progression importante quant à la production et à la diffusion en open data de données fiables et cohérentes entre elles sur le parc des logements en France. Le manque de données traitées, enrichies et en accès libre sur la caractérisation des permis de construire, d’aménager et de démolir à l’échelle des logements, et non des bâtiments, reste encore une forte lacune.

Par ailleurs, la méthodologie proposée afin d’évaluer les besoins en logements peut encore évoluer, en particulier concernant la décomposition de la vacance, les besoins non satisfaits ainsi que la population hors ménage où l’on a ici émis des hypothèses de travail, encore à consolider. En effet, la confrontation des idées à travers différentes études permettra de faire émerger des méthodes plus robustes sur tous ces points, méthodes pouvant être encore perçues comme fragiles à l’heure actuelle. Enfin, un complément utile à ces données reste la prise en compte d’autres facteurs tels que l’analyse de l’offre, la consommation du foncier, l’aspect financier ou les m2 habitables afin de confronter les besoins en logements en France aux autres problématiques sociétales actuelles que sont la maîtrise de l’artificialisation des sols et le maintien d’un accès à un logement abordable.

1 Selon le scénario principal (B).

1 Selon le scénario principal (B).

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